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Opiocolor ou l’alchimie de la pâte de verre.

De Byzance à Dubaï, en passant par Ravenne et Pompéi, la technique de la mosaïque a fait ses preuves. Cet art séculaire connaît pourtant encore des innovations comme le prouve Opiocolor. De la piscine vers un concept global de décoration, le spécialiste français des émaux de verre a réussi sa diversification.

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La salle de bains aux murs tapissés de mosaïques turquoises, largement répandue de nos jours, était l’une des premières diversifications d’Opiocolor.
A ses débuts, dans les années soixante, le fabricant s’était fait connaître par de somptueuses piscines dans les jardins des opulentes villas niçoises. Avec la stabilisation de ce marché s’est développée une activité de décoration. La société d’origine artisanale est passée au stade industriel aujourd’hui. Elle produit chaque année 250.000 m2 de carreaux, exporte 55 % de sa production dans 80 pays et continue d’innover.
Jean est le berceau de la mosaïque. Dès le VIIIème siècle avant notre ère, en Asie Mineure, les artistes plantaient des petits galets noirs, rouges et blancs dans du ciment. Ensuite, c’est à Corinthe, en Sicile, à Athènes et en Macédoine que l’art de la mosaïque prit toute son ampleur. Les maîtres byzantins ont exprimé toute sa richesse dans les célèbres fonds d’or de Ravenne. Et même au XXème siècle, lorsque Pablo Picasso, René Matisse, Fernand Léger et autres Juan Miró remettent à l’honneur cette technique hybride entre la peinture et l’architecture, ce sont les bords de la Méditerranée qu’ils choisissent.
Ce n’est donc pas un hasard si, encore aujourd’hui, les fabricants de carreaux de petits formats —la base de la mosaïque— se situent souvent dans les pays méditerranéens. C’est le cas d’Opiocolor. Basée à Opio, entre Cannes, Nice et Grasse, dans les Alpes Maritimes, cette société est spécialisée dans la mosaïque de pâte de verre. Créée dans les années ‘60, elle a connu ses années glorieuses
à l’époque où les piscines fleurissaient dans la région. Opiocolor a fourni tout le marché local. Mais, dans les années ‘80, elle s’est trouvée menacée par une concurrence venue d’Extrême-Orient. Pour survivre, il a fallu revoir toute la stratégie de l’entreprise.


Une nouveauté lancée au salon Batimat, en novembre 2001 : la gamme L’Or.
Une feuille d’or insérée dans un sandwich de verre, à surface lisse ou irrégulière. A distiller avec parcimonie au sein d’un décor, par caprice ou par plaisir.
Cette relance est l’œuvre de Didier Cassini, qui a repris Opiocolor en 1986. A 23 ans, le nouveau Pdg a fait le pari de la créativité. Il était temps car, galvaudée dans les années ’75-’80, la mosaïque style "station de métro" avait fini par fatiguer les yeux. L’idée a été de restaurer sa valeur artistique, en rappelant son passé prestigieux, et d’inventer des déclinaisons raffinées de la pâte de verre pour ajouter de la valeur au produit.

Exit les fonds de piscines uniformes,
la mosaïque est un art décoratif.

Exit donc les fonds de piscine uniformes et les pans de murs "vasareliens". Au-delà des petit carreaux unis multicolores, Didier Cassini propose aux décorateurs des compositions artistiques complètes réalisées par un bureau d’études intégré. Il vise désormais tous les bâtiments, publics et privés, à l’intérieur comme à l’extérieur : halls d’entrée, façades de magasins, salles de bains de luxe, jaccuzzi, ornements de piscines... Grâce à ce repositionnement haut de gamme, les créations d’Opiocolor ont reconquis un public fortuné.
Si le fabricant assied sa renommée sur le riche passé culturel azuréen,
il s’inscrit aussi dans son environnement économique. Stimulé par le dynamisme voisin de la technopole Sophia Antipolis, Didier Cassini a anticipé la montée en puissance des nouvelles technologies en informatisant son usine dès le début des années ‘90.
La production y a gagné en quantité, mais surtout en qualité. Car, un outil de conception sur mesure permet aux clients de composer leur propre décor, de transformer une photo ou un dessin en mosaïque et de visualiser leur projet de décoration sur écran avant même le début des travaux. Le devis est automatiquement calculé, et le client succombe immédiatement à ses désirs.
Il suffit ensuite de transmettre les données numériques à la production pour fabriquer les plaques qui, suivant un schéma numéroté, permettront de restituer le motif en mosaïque. Grâce à Internet, les frais de conception et de marketing ont baissé d’un tiers et le travail commercial a été accéléré : en moins d’une semaine, un décor complet peut être modélisé, fabriqué et livré. Un avantage qui a permis à l’entreprise française de remporter des marchés aux quatre coins de la planète.

L’usine d’Opio produit près de 300 références de coloris dont 90 unis et une trentaine d’effets. Les formats vont du9,5 mm x 9,5 mm au 50 mm x 50 mm. Cette production sera bientôt transférée dans une nouvelle usine à Bar-sur-Loup, près de Grasse. Le site d’Opio se recentrera, à terme, sur le design et la recherche.


La création française se vend bien
quand on sait la présenter.

Le Pdg a en effet réussi à lancer la marque L’Opio à l’étranger en l’associant à l’image luxueuse de la Côte d’Azur. L’entreprise a acquis une forte notoriété en Moyen et Extrême-Orient grâce à des réalisations de prestige, tels la mosquée d’Hassan II à Casablanca, le métro Tsuan Wan à Hong Kong, l’hôtel Nikko à Bali et le Jumeira Beach à Dubai.
Cette année, l’export représentera 55 % de la production d’Opiocolor (soit environ 130 000 m2). Il constitue la principale source de croissance du chiffre d’affaires qui progresse régulièrement de 20 % par an depuis 15 ans (6 millions d’euros / 40 millions de francs cette année avec un effectif de 50 salariés). Le potentiel de développement à l’étranger est énorme car la société n’a que dix ans de présence sur les marchés extérieurs.
En témoignent l’établissement d’un partenariat avec une usine chinoise de Canton, pour fabriquer des carrés de gamme inférieure, et la mise en ligne d’un site Internet bilingue français-anglais, en avril 2001 (www.opiocolor.fr). Dire qu’aux Etats-Unis, la majorité des piscines sont encore en plastique...
Pour maintenir ses produits dans le haut de gamme, Opiocolor ajoute régulièrement à sa collection des variétés décoratives de pâte de verre.
L’effet strié de ce mélange Taillis est obtenu par un assemblage manuel
des pâtes de couleurs différentes sur le laminoir.

Un micro-marché de plus en plus concurrencé.
Quant à la France, Opiocolor a atteint aujourd’hui la première place sur le marché de la mosaïque décorative. Un tour de force quand on sait que la pâte de verre est une toute petite famille dans le monde de la mosaïque.
Sur le petit format mosaïque (tesselles de 20 mm x 20 mm à 50 mm x 50 mm), la pâte de verre (mélange de silice, de feldspath et d’oxydes) à l’aspect translucide est concurrencée par les émaux, le marbre, les smalties (émaux de verre) et le grès. «Depuis trois-quatre ans, la demande est en hausse, explique le directeur commercial Fabrice Perrin. D’ailleurs, les grands fabricants de céramique se sont mis à faire des imitations de céramique, ce qui accroît encore la concurrence. Bien que nous subissions les hauts et les bas des modes décoratives, nous entretenons un marché constant avec la piscine et nous travaillons sans cesse à de nouvelles améliorations pour gagner d’autres marchés».
Parmi les dernières innovations du fabricant français, une gamme de carreaux en grès cérame développée pour les tapis de sols, les frises qui font appel au savoir-faire des graphistes et designers intégrés, les gammes nuancées où chaque tesselle mélange plusieurs couleurs qui apparaissent comme des stries parallèles, des fondus ou des flammés. La poudre d’aventurine a donné naissance à une gamme de carreaux irisés qui peuvent s'insérer parmi les unis d’un décor.
«Nous allons faire bouger le marché de l’or».
Mais, c’est certainement le lancement de la gamme Or qui fera le plus d’éclat. Jusqu’à présent, seuls deux autres fabricants européens proposaient des smalties en or. «Nous allons faire bouger ce marché», promet Fabrice Perrin.
Sous un aspect plus pratique, dès ce mois de janvier 2002, Opiocolor est le premier fabricant à fournir ses mosaïques non plus sur du papier kraft, mais en modules de 31,6 cm x 31,6 cm sous un film plastique transparent qui permet de contrôler les coloris à l’achat et, surtout, simplifie la pose. Une fois les carreaux collés, il suffit de retirer le film adhésif. «Etant donné que la mise en œuvre est l’un des freins à l’achat de mosaïque, nous recherchons tout ce qui la facilite», remarque Fabrice Perrin.
Dans le même ordre d’idées, prenant acte que l’on trouve de moins en moins de poseurs pour la mosaïque, Opiocolor s’oriente vers le "service global". D’ici deux ou trois ans, un client pourra acheter non seulement les produits, mais aussi le savoir-faire de l’entreprise, c’est-à-dire les idées de conception et la mise en œuvre. De quoi battre en brèche l’opinion encore trop répandue parmi les consommateurs et les poseurs que la mosaïque est chère et compliquée.
L.Z.
Sur le marché européen, la piscine absorbe les quatre cinquièmes de la production de mosaïque. Le reste consiste en des applications décoratives
dans les salles de bains, les cuisines, les façades, les fresques murales,
à des cabochons en pâte de verre,comme présenté ci-dessus.

   

Article paru dans DECOR BAINS - HIVER 2002




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